Abstract
Pour des considérations économiques, portées par le capitalisme et l’ultralibéralisme, la formation est désormais considérée comme un investissement qu’il convient d’optimiser. La voie la plus privilégiée pour réussir ce défi semble être celle de la généralisation des EAD. En effet, nous assistons, et cela depuis au moins trois décennies à une démocratisation des TIC (matériels et logiciels) qui ne cessent d’envahir notre quotidien et à cette cadence tout ce qui pourra être numérisé/informatisé le sera y compris l’enseignement. De là, le Coronavirus n’est qu’un accélérateur de ce processus. Dans un contexte caractérisé par l’urgence de trouver des solutions et face à l’empressement de leurs mises en pratique, même les sociétés les plus développées peinent à apporter des réponses efficaces et efficientes à cette crise. À l’instar des autres systèmes de formation dans le monde, le système universitaire algérien s’est tourné vers l’enseignement distanciel afin de fructifier le confinement des étudiants et des enseignants. Toutefois, la voie dessinée et empruntée par les responsables du secteur ne semble pas convenir à la réalité à la fois de la société algérienne, mais également aux besoins et attentes de tous les acteurs de l’université algérienne. La présente contribution qui vise à décortiquer le contexte de
transition d’un enseignement quasi exclusivement présentiel à un enseignement exclusivement distanciel dans un premier temps puis à un enseignement hybride dans un second temps, se propose à la fois de dresser un état des lieux et de mettre en exergue les dysfonctionnements à l’origine des difficultés rencontrées, mais également de proposer quelques pistes de réflexion à même d’optimiser l’évolution vers un enseignement hybride plus réussi.Ainsi, tout le propos de cette recherche est de répondre à la question suivante : tel qu’il est mis en pratique, l’enseignement à distance à l’université algérienne tient-il compte de tous les paramètres qui président à la conception des dispositifs de formation ? En d’autres termes, nous allons vérifier si le fait de se focaliser exclusivement sur le volet pédagogique (ingénierie pédagogique) et omettre les volets organisationnel et stratégique (le budget, capacité d’encadrement, plateforme, formation des formateurs...) ne condamnerait pas l’avenir des EAD en Algérie.Pour ce faire, nous nous sommes référés à la démarche ingénierique préconisée par Ardoin (2015). Ce dernier, estime que toute mise en place d’un système de formation ou de réajustement d’une offre déjà existante devra passer par un audit du contexte entourant la ou les formations. Dans cette perspective, nous nous sommes penchés sur les contenus mis en ligne par les enseignants afin de déterminer leurs conformités par rapport aux standards, nous avons par ailleurs 41examiné les plateformes de télé-enseignement d’un point de vue d’accessibilité et de navigabilité. Il était question également de déterminer la fréquence des interactions entre enseignants et enseignés.
Enfin, nous nous sommes intéressés aux profils des premiers responsables pédagogiques des établissements universitaires ainsi qu’au rôle joué par la tutelle notamment à travers leurs directives. L’analyse des données recueillies montre clairement que l’enseignement à distance en Algérie a été mené sur le seul front pédagogique. Par ailleurs, toute l’attention a été portée sur le processus d’enseignement et on a totalement négligé le processus d’apprentissage. De plus, le manque de formation des formateurs a conduit ces derniers à reproduire les schémas pédagogiqueshabituels (présentiel). Ce manque de rénovation dans les modalités didactiques s’est traduit également dans leurs pratiques évaluatives.